Un village associatif en milieu rural

Nos campagnes ne rajeunissent pas… Mais un vent nouveau les anime, presque en secret. Ici et là naissent des villages expérimentaux qui cultivent leur autonomie face au consumérisme omnipotent. Un lieu de ce genre existe depuis 6 ans dans le Berry, à 30 minutes de Bourges plus précisément. Il rassemble une vingtaine de personnes, dont les parcours et les idées politiques sont différentes, mais qui restent unies par l’envie d’inventer une nouvelle façon de vivre ensemble. Nous sommes allés les rencontrer…

Qui peut deviner ce que cache la campagne berrichonne ?

Qui peut deviner ce que cache la campagne berrichonne ?

Samedi matin. Huit heures. On part en voiture chercher un village qui n’existe sur aucune carte, sans l’aide d’un GPS. C’est stupide. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin avec les yeux bandés. Les indications de Lou, notre contact sur place, n’aident pas vraiment. « Tu fais le tour de l’église, tu prends la route entre deux maisons, et puis la grosse route, dans l’autre sens. Tu vois ? Ce sera sur ta droite. » On arrive avec deux heures de retard. Notre destination est aussi belle et difficile d’accès qu’un paradis perdu.

Pour la décrire, tous les termes ont été utilisés : éco-lieu, hackerspace-paysan, expérimentation sociale, communauté de hippies… Mais personne ici ne se soucie des étiquettes. Ni de la cohérence architecturale d’ailleurs. Sur l’herbe champignonnent des constructions hétéroclites : serres, grange, toilettes en bois… Une éolienne jouxte une cabane dans laquelle Antoine, un des fondateurs du lieu, fait la cuisine. On lui demande si l’indépendance énergétique est atteinte. Notre question l’amuse : « On en est loin ! Quand il y a du vent, j’ai de la lumière, c’est déjà pas mal. »

Antoine, qui prépare son déjeuner végétarien

Antoine, qui prépare son déjeuner végétarien

Le village associatif s’est fait connaitre et respecter en proposant une myriade d’activités, généralement déclarées sous formes d’associations, et presque toujours ouvertes aux habitants de la région. Les actions débordent sur tous les domaines : artistiques, culturels, festifs, politiques…

Quelques exemples ? Pour commencer, il y a les open-ateliers, qui sont un peu des séances de bricolage collectif, où l’on vient se ré-approprier des savoir-faire techniques et écologiques. Et ça marche : récemment, quelques personnes sont venues se fabriquer un chauffe-eau solaire puis l’ont emporté chez eux. Il y a aussi les sessions d’apprentissage pour les enfants qui, accompagnés de leurs parents, prennent soin d’un jardinet pour découvrir la botanique semaines après semaines.

Plus récemment, c’est le projet CABAS qui fut mis sur pied. Réunissant une quarantaine de volontaires, CABAS est une centrale d’achat dont le but est de zapper les supermarchés en allant trouver des produits locaux, éthiques, et de la meilleure qualité possible. Le village accueille aussi des événements plus ponctuels, comme l’Electronic-Pastorale en 2011, un petit festival de trois-cents personnes où l’on célébra le mariage de l’écologie et de l’informatique-libre avec des conférences, des rencontres et des ateliers pratiques.

Les toilettes, on a pas testé.

Les toilettes, on a pas testé.

Pendant qu’on boit le café sur une table en extérieur, un homme vient à notre rencontre. Il s’appelle Thomas. « On peut te prendre en photo ? – Non. – Tu veux nous parler un peu de tes projets ? – Non. – Et sinon, c’est quoi ton parcours ? – Je ne répondrai pas. » Thomas veut parler d’idées, pas de personnes (et surtout pas de la sienne). Sa vision des entreprises, dont il avoue se méfier franchement, n’est pas dénuée d’ambivalence. « Je nous compare à l’entreprise en tant qu’organisation qui n’est pas gérée par l’Etat. Ici, ce n’est pas une communauté d’affinités, mais une communauté d’intérêts, même tout cela reste convivial bien sûr. Comme une entreprise, on cherche des modèles reproductibles qui peuvent être déployés partout. » Alors qu’il termine son assiette de légumes à côté de nous, Antoine confirme : « L’idée générale est de trouver des alternatives au capitalisme. On fait de l’écologie au sens large. Vivre ensemble c’est de l’écologie. Et à l’avenir, il faut que ça fasse mouche. D’ailleurs il y a déjà plusieurs endroits où des gens essayent de créer des dynamiques comme ici. » 

Le but de cette parcelle ? Atteindre l'autonomie en terme de fruits et légumes.

Le but de cette parcelle ? Atteindre l’autonomie en terme de fruits et légumes.

Finalement, Thomas se détend du bulbe et nous emmène visiter la ferme d’auto-production. C’est une parcelle semi-couverte, cultivée collectivement par une quinzaine de personnes, et dont les récoltes sont partagées équitablement. Chaque participant au projet doit s’investir une demi-journée par semaine au minimum pour prétendre à l’autonomie en terme de fruits et légumes. Bref, ici, la propriété de la terre est abolie : c’est l’anarchie, que fait la police ? On demande si le but est de vivre en autarcie. Thomas nous corrige : « L’autonomie ce n’est pas l’autarcie. L’autarcie est un projet anti-social. L’autonomie, elle, consiste à garder la maîtrise des choses. C’est la démocratie locale. »

Les jeunes plants sont d'abord cultivés... dans des baignoires.

Les jeunes plants sont d’abord cultivés… dans des baignoires.

Avant de partir nous rencontrons Jérôme, maraîcher professionnel et co-fondateur du village. Il est en train de planter mille graines de courges à la main. Mais le maso ne se plaint pas, il a presque l’air d’aimer ça. Cette année d’ailleurs, ce légume sera son favori. D’où lui vient cette tendresse pour le cucurbitacée ? « C’est relativement facile à cultiver et ça se conserve tout l’hiver. C’est de la trésorerie pour financer les différents projets. »

Jérôme et ses courges.

Jérôme et, en arrière plan, sa trésorerie.

On se met sur le départ. On discute encore en évoquant le marché (qu’ils n’aiment pas), la monnaie (qu’ils n’apprécient guère), et même La Ruche qui dit Oui (qu’ils estiment peu). Mais l’ambiance est à la camaraderie, définitivement. Sur le chemin du retour on se demande si ces paysans d’un nouveau genre arriveront, comme ils le souhaitent, à changer le monde… Eux, au moins, il essayent. Et peut-être ouvrent-ils des brèches.

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A propos de

Benjamin Stock

Benjamin Stock

Sa première nouvelle rédigée à 15 ans ? Autobiographie d'une gazinière. Depuis, Benjamin, le benjamin des contributeurs de ce blog, adore écrire des histoires et invite dans ses récits détectives privés et reporters de l'extrême. Si ses personnages ont rarement existé, ses articles racontent pourtant la vérité. 

commentaires

  1. Je me demande pourquoi ils estiment peu la ruche qui dit Oui, on va dans le même sens, non ?
    Enfin ce genre d’initiatives portent l’espoir… !

    • Je trouve qu’à LaRuche qui dit oui on reproduit le système existant… argent, lègumes chers, pas assez de véritable entreprise commune.

      • La Ruche qui dit Oui !

        La Ruche qui dit Oui se construit avec tous ceux qui ont envie de faire bouger les lignes. N’hésitez pas à vous impliquer davantage dans une ruche, c’est souvent très formateur et très enrichissant pour tout le monde. Et puis si vous avez des idées, n’hésitez pas à nous les partager. On adore discuter et échanger.
        Bien à vous,

      • Légumes chers? Par rapport à quoi?
        J’estime entendre Trop souvent, des critique quant aux % pris sur les produits pour le réseau, qui pour moi n’a rien de choquant, les magasins de producteurs que je connais (je suis agricultrice, fournisseur de ruches) demande au minimun le même pourcentage (nécessaire pour couvrir les charges), avec participation au fonctionnement du magasin et apport en capital…
        je rétorque aux détracteurs que la ruche a le mérite d’être transparente, qu’ils se renseignes sur les marges prises dans les autres circuits de distribution, les prix payés et marges nettes qu’il reste aux producteurs, toutes productions confondues dans les circuits « classiques » de production….

        • hubert Marilou

          Légumes chers? Par rapport à quoi?
          J’estime entendre Trop souvent, des critique quant aux % pris sur les produits pour le réseau, qui pour moi n’a rien de choquant, les magasins de producteurs que je connais (je suis agricultrice, fournisseur de ruches) demande au minimun le même pourcentage (nécessaire pour couvrir les charges), avec participation au fonctionnement du magasin et apport en capital…
          je rétorque aux détracteurs que la ruche a le mérite d’être transparente, qu’ils se renseignes sur les marges prises dans les autres circuits de distribution, les prix payés et marges nettes qu’il reste aux producteurs, toutes productions confondues dans les circuits « classiques » de production….

          MARTINE
          vous avez essayé les AMAP?

      • il existe un moyen infaillible de payer ses légumes moins cher… les cultiver soi-même ! un bon légume de qualité avec du goût se paye, et le temps passé à le cultiver, le soigner et le récolter au bon moment à maturité se paye aussi.

    • Oui enfin ça reste à la base une entreprise commerciale, qui fait tout de même vivre des intermédiaires.
      Même si le fond de commerce est très intéressant.

  2. d’ » idées politiques différentes  » mais quand même ça fleure le libertaire tout ça ! et c’est bien sympatico-utopique … j’avoue que ce que je préfère dans cet article c’est « la ruche qui dit oui (qu’ils estiment peu) » c’est un joli moment d’honnêteté qui me fait chaud au coeur ! assurément vos articles semblent joliment aromatisés à cet esprit néo-hippie sans le côté ésotérique et j’aime beaucoup … alors qu’au niveau concret du fonctionnement des ruches et … de celle que je fréquente, je ne sais pas si on est aussi libéré de la société de consommation que ça … j’observe, j’observe c’est très instructif tout ça …

  3. raphaele

    belle initiative…que de publier ceci….et que d’essayer de vivre ensemble….la critique est toujours tellement plus facile…et puis avons nous vraiment encore le choix? en tous cas tout ce qui existe aussi imparfait soit il regroupant des gens de bonne volonté à la démarche sincère….ne peut qu’encourager les générations montantes …if only we could move on….et ça veut dire critiquer positivement….bon allez il faut aller voir de près….A très bientôt dès que je vais dans le coin…..en covoiturage bien sûr!! :-)

  4. Je ne pense pas que ces gens aient l’ambition de « changer le monde ». Ce sont des précurseurs qui montrent un chemin que nous ou nos enfants devront inexorablement suivre un jour ou l’autre.
    Reportage sympa ceci dit, mais pourquoi avoir snobé les toilettes?

  5. Pourquoi comparer avec la Ruche qui dit oui ? En consommant à la Ruche nous participons au locavore, à l agriculture raisonnée , bio dynamique , nous connaissons les producteurs, nous développons l esprit du bon sens –
    Je suis très satisfaite de ce choix -

  6. Ce genre d’initiatives sont intéressantes pour leur côté expérimental.
    Je suis avec tous ceux qui « bricolent dans leur garage » au sens propre comme figuré.

    Par contre, la tendance générale au niveau mondial est plus à l’augmentation de la population des villes qu’au retour à la campagne avec chacun sa « petite maison dans la prairie » :-)

    Il faut donc trouver des moyens pour adapter toutes ces bonnes idées à la vie urbaine.
    Le quartier est sans doute le bon niveau.

  7. J’adore votre newsletter, vraiment ! Tout ! Les sujets, votre ton, l’ouverture au monde que cela procure et aussi bien-sûr l’optimisme que cela génère en moi. Je me sens moins seule avec mes « idées de hippies », et j’ai bon espoir que petit à petit les choses changent.
    Voilà, donc un grand merci à toute l’équipe pour cette newsletter, à ceux qui la lisent et à ceux qui la font vivre de leurs expériences à raconter !

    • La Ruche qui dit Oui !

      Merci Claire pour ce gentil message. N’hésitez pas à nous proposer des sujets, on est toujours preneurs.

  8. « Ici, ce n’est pas une communauté d’affinités, mais une communauté d’intérêts (…) »
    Tant que nous en restons à l’intérêt personnel même en le regroupant avec d’autres, tant que nous n’admettons pas le bien commun et la nécessité de la conscience de groupe avec le sacrifice (au sens le plus noble et joyeux du terme) que cela implique, nous avançons lesz yeux et le cœur fermés en nous cognant partout. Ça fait mal!

    • la ruche bobo bcbg pas de marge du super marche pas de transport prix producteurs bien plus chere

    • Romain L

      Je vais simplement finir cette citation tronquée : « … Comme une entreprise, on cherche des modèles reproductibles qui peuvent être déployés partout. » »
      C’est selon moi bien l’idée du bien commun, trouver son intérêt personnel mais sans que son projet se limite à ce seul intérêt. Les gens de la vallée restent ouverts sur le monde, documentent leurs expériences justement pour qu’elles servent à d’autres. C’est au cœur de la notion de bien commun selon moi ;-)

  9. GOUARDERES

    bonjour
    et bien ce village associatif et communautaire est une très bonne chose
    les gens travaillent pour eux même et non pas aux profits de voyous qui font travailler des esclaves !!
    Je serais curieux de leur rendre visite pour créer une communauté dans notre région en s’inspirant de leur mode et règles de vie !
    avez vous leur coordonnées
    merci à bientôt

  10. Bonjour, il semble que nombre d’entre nous s’intéresse à ces alternatives qui défrichent des champs de possibles restés en jachères. Si vous souhaitez découvrir d’autres fenêtres sur des utopies concrètes, et pourquoi pas cultiver les vôtres, le site generationsfutur.zici.fr rubrique « apprendre autrement/lieux et initiatives à découvrir » vous propose pleins de liens vers des initiatives qui vivent l’Autrement au quotidien. À vous de jouer !

  11. je travaille 200 mètres carrés dans un jardin ouvrier , loyer à 20 euros pour l’année , matériel fournit,petite serre à disposition pour faire les plants .
    J’essaie depuis 1 an la permaculture , les blettes , radis noirs et pomme de terre se resèment facilement .J utilise les feuilles de la forêt pour mulcher et faire de l’humus , mon ambition cette année c’est de produire une tonne de légumes , je vais y arriver .J’échangerai le surplus avec les autres jardiniers ou le donnerai aux Restos .J’attire votre attention sur le fait que sur les 13 jardiniers présents , 7 produiront au minimum l’équivalent de 1500 euros de légumes (cours du bio), les 6 autres moins de 300 euros .
    Pour réussir le chalenge de l’autonomie il faut travailler au minimum 2 heures par jour au jardin .
    Cordialement

  12. Moi aussi je suis intéressé dans ce projet. Qui pourrait me communiquer le lieu du village? J’habite dans le Berry, et mes idées vont dans la même direction. Merci et bravo pour l’initiative.

  13. Excellent article qui montre la réalité du terrain : le milieu militant est toujours frileux face aux médias, blogueurs et autres, même engagés, j’en sais quelque chose, et je trouve super de montrer cet aspect là, votre rencontre avec Thomas, tout en racontant le lieu. A bientôt.

  14. Bonjour, connaissez vous des communautés qui ressemblent a celle ci, mais plus dans le sud. on m’a parlé notamment du Larzac, et je voulais savoir si quelqu’un avait des infos plus précises pour se renseigner sur ces « communautés ».
    Merci d’avance.

  15. roselyne

    Tout ce que vous faites tous est encourageant même si elles ont des formes diverses l’essentiel est que vous mettez tout en œuvre pour avoir une meilleure qualité de vie en respectant la nature et que vous mettez la relation à sa juste place.C’est très positif …se comparer c’est déjà aller sur le chemin de la division alors que nous avons tant besoin de réconfort.bien cordialement et bravo pour tout ce que vous faites tous.
    roselyne

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