Baguette industrielle ou miche paysanne ? Sortez la farine !

Troisième manche des « Pieds dans le plat ». Sur le dojo cette semaine, la baguette élancée des supermarchés titille la miche plutôt boulotte des Ruches. Gare aux pains perdus.


320 baguettes sortent du four chaque seconde, 10 milliards se vendent chaque année, la belle blonde rafle à elle seule 74% du marché du pain. Sur le papier le combat s’annonce compliqué. D’autant que la baguette séduit 35 000 boulangeries et presque autant de supermarchés alors que la miche paysanne, peuchère, ne peut compter que sur ses 500 paysans-boulangers.

Devant ces nouvelles, la baguette sautille de plaisir et s’adonne à deux trois Katame-no-kata.

Dis-moi gros gras grand grain de blé ?

Connaissez-vous la différence entre un grain de blé conventionnel et un grain de blé bio ? C’est bien simple : ils ne viennent pas de la même planète. Le premier a été sélectionné par des ingénieurs agro pour pousser au plus vite avec un maximum d’engrais. Mais pas trop haut, sinon ça fait galérer la moissonneuse. L’épi des champs intensifs a donc été programmé pour ne jamais dépasser les 30 centimètres et pouvoir être moissonné facilement. « Les blés modernes comportent un gène de nanisme issu des blés japonais, » précise Patrick de Koschko,  coordinateur du Réseau semences paysannes, un mouvement de défense de la biodiversité en agriculture. Petit, le grain de blé n’en est pas costaud pour autant. Il reçoit en moyenne 7 traitements pesticides et 2 à 3 apports d’engrais azoté chimique de synthèse. Miam…

De son côté, le grain de blé bio et paysan affiche une santé limite insolente. Sélectionné par des générations et des générations de paysans, il résiste bien aux maladies et est particulièrement adapté au spécificités locales. Chauvin, il porte même le nom de sa région d’origine : Petit rouge du Morvan, Gris de Saint-Laud, Barbu de l’Aveyron, Blanc de Flandres, Saissette de Provence… Et puis au mois d’août, il toise largement son homologue industriel avec des tiges de plus d’1,80 m de haut.

La baguette resserre son kimono, la miche prend soudainement de la hauteur…

Recette et tiroir caisse

Dans du pain, il y a de la farine, de l’eau, du sel et du levain. Enfin, dans le pain bio paysan. Parce que dans les baguettes industrielles, on peut trouver jusqu’à 14 additifs supplémentaires. Du gluten pour rendre la pâte plus élastique et compatible avec les machines, de l’acide ascorbique (de la vitamine C synthétique quoi), de la lécithine de soja, des acides lactiques, de l’acide acétique, des conservateurs… et même des arômes artificiels de blé. Le pain bio industriel n’est pas épargné même si le nombre d’additifs autorisés est limité. « Dans notre pain bio paysan, explique Rick Vandoreen, de la Budinerie, un des seuls paysans-boulangers d’l'Ile-de-France, il n’y a aucun adjuvant et nous utilisons le même levain depuis notre création en octobre 2010. C’est plus dur à produire mais c’est bien meilleur.» Le levain, cette fermentation obtenue avec de la farine et de l’eau que le boulanger rafraîchit plusieurs fois par jour avec amour est sa signature, sa marque de fabrique, son secret, son éclat… Dans la plupart des boulangeries, a priori on ne place pas sa fierté dans son levain qui, 9 fois sur 10, est remplacé par de la levure. Avec la poudre magique le pain lève au moins quatre fois plus vite et l’ensemble est mille fois moins contraignant. Bref, le calcul est vite fait.

Dans les tribunes, la clameur gronde: « Baguette, t’es pas nette ! Baguette, malhonnête ».

La baguette, so french ?

L’heure du four a sonné. Dans les terminaux de cuisson, la manip’ est très simple. Il suffit d’enfourner les pâtes congelées venues tout droit d’Europe de l’Est, d’agiter quelques arômes artificiels sur les souffleries et d’offrir aux chalands une baguette encore toute chaude en disant « ouille ouille, attention, elle sort tout juste du four ». La bête nous crame les doigts au deuxième degré mais n’a rien de frais. Elle a d’ailleurs près de 1500 kilomètres dans les miettes. Dans les fermes au contraire, tout est produit sur place, la farine est moulue à la meule de pierre à partir des blés de l’exploitation et les pains sont cuits dans le four à bois de la maison. Plus local, on ne peut pas.

On pourrait poursuivre avec les qualités nutritionnelles du pain bio paysan, riches en fibres et en vitamines quand la baguette bien blanche est un aliment vide… mais la baguette taille fillette a déjà retiré sa ceinture et quitte le tapis sous un nuage de farine. Il n’y aura pas de dernier yoko sutemi waza. Pas cette fois.

Lien permanent.

7 commentaires sur Baguette industrielle ou miche paysanne ? Sortez la farine !

  1. sicard :

    La levure n est pas une poudre magique, c est une moisissure tout à fait naturelle!!! Pour le reste, je suis tout à fait d accord.

    • lilie37 :

      oui c’est un champignon mais qui a le gros inconvénient de décalcifié les os des consommateurs de pain à la levure. Gros inconvénient que l’on ne connait pas avec un pain au levain.

  2. Un bien bel article plein de bon sens : bravo !
    Pour être moi même boulanger bio, je ne peux que confirmer qu’aujourd’hui, fabriquer avec autant de contraintes, fait de nous des extraterrestres. Heureusement, quelques amateurs apprécient encore…

  3. bredelet :

    son pain est excellent et il partage très bien ses convictions

  4. maria levraud :

    j’adore l’article et le ton!

  5. Danielle Buscaylet :

    OK pour rencontrer le boulanger à la rentrée !

  6. Agriculture conventionnelle= terme politiquement correct pronée par la F.N.S.E.A. pour parler d’agriculture industrielle .Vulgarisation oppérer via les conseillers techniques quelle emplois au sein des chambre d’agriculture quelle détient sur le territoire a 95%.
    L’ex paysan respectueux des traditions ancestrale, devenu Exploitant agricole par des étude agronomique financer par les groupe de l’industrie agro- pharmaco-alimantaire a été berné par l’appat du « gain » qu’on lui a fait miroiter.Il a innocement pris cette voie qu’on lui présentai comme seul pérenne financièrement,tous ça financer a grand renfort de subvention qu’il lui on été accorder et que les différents ministres pour partie issue des chefs FNSEA « francois guillaume , luc guillot ,et d’autres »on soutirer du budjet europeen. Laissant de coter les paysans intègres qui non pas voulus suivre cet voie suicidaire.

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